Rencontre au Lycée Vauban
Nous nous étions déjà rencontrés avant l'été. Rencontre résumée dans le numéro 3
du Petit Vauban Littéraire, journal du lycée Vauban (3 juin 2008).
« Les Peupliers noirs » a été choisi, entre autres, pour l’épreuve du bac 2009 par
Patricia Fauquembergue, professeur de français au lycée Vauban, à Aire sur la
Lys. Elle le fait étudier dans la perspective naturaliste de « Germinal », (au programme également).
Parallèlement, la professeur d’histoire, Mademoiselle Degrillasse, a étudié le bassin minier.
C'est ainsi, qu'accompagnés de ces deux professeurs, les élèves sont allés dans le bassin minier visiter le musée de la mine à Lewaerde , puis ils se sont promenés à Hénin-Beaumont sur les traces de
Mariette (l'héroïne du livre).
Ils ont pu voir certains lieux du roman (l’église néo-byzantine, la place du
marché, l’usine, le coron réhabilité de Drocourt, le terril, etc.) mais n’ont trouvé ni le café « Aux gueules noires », ni la rue des Gaillettes. Forcément, ces lieux étaient sortis tout droit de mon imagination.
Le 28 novembre 2008, j'ai eu le bonheur de passer la journée au lycée Vauban
de Aire sur la Lys (avec deux classes de première et des classes de seconde).
Ils avaient préparé une exposition très riche à la fois sur le monde des mineurs, hier et aujourd’hui, et sur le métier d’écrivain (beaucoup d’humour, j’ai apprécié !).
Chaque intervention (trois au total) a donné lieu à une interview : les élèves posaient des questions préparées en classe, avec quelques pièges glissées au milieu: êtes vous un écrivain plutôt réaliste ou naturaliste ? Depuis je me torture l’esprit sans trouver de réponse à cette question. Je ne sais qu’une chose : j‘écris avant tout pour mon plaisir !
Après les questions, une séance de dédicace, bien plaisante ma foi, et d’échanges moins formels avec les élèves.
J’ai été heureusement soutenue par mon directeur de collection, Gilles Guillon, qui a pris la parole pour répondre aux questions d’ordre éditorial.
Au final une journée très enrichissante !
Certains, avec qui j'ai échangé plus particulièrement, se reconnaîtront (Dacquin Flore, Degros Anaïs, Levecque Lucie,
Laigle Germain, Laffilé Ludwig, Colin Rudy, Florence Van Beveren, et Beaubois
Martin, Merlot Alexis,...)




Explication de Patricia Fauquembergue
Transmettre la mémoire, porter un autre regard sur la région et son histoire, telle était la problématique de départ. Pourquoi choisir
Les Peupliers noirs de Lucienne Cluytens ? Et pourquoi l'associer à l'étude de
Germinal ? Quel rapport me direz-vous entre ces deux œuvres ? La même tendresse pour ces hommes et ces femmes de la région, sans doute. Certes dans des styles très différents. Mais justement nous ne sommes plus au XIXème siècle; la région s'est métamorphosée. La mutation sociale, économique et culturelle est perceptible et
Les Peuliers noirs retrace le parcours d'une jeune fille maladroite, manquant de confiance en elle. Mariette est une employée de la maison de retraite d'Hénin Beaumont. Elle est perspicace, curieuse et tenace. Une jeune fille émancipée ? Libre de ses mouvements ? Pas du tout ! Comme Catherine, dans
Germinal, elle reste dépendante de sa famille, et de son mode d'éducation. Le déterminisme social fait son
œuvre. Et les élèves ont bien pu se rendre compte que certes la misère sociale est bien loin, les mines ont fermé, mais quitter le bassin minier, faire une carrière, être indépendante, afficher sa sexualité ne va pas toujours de soi. Mariette a malgré tout la chance de naître un siècle après Catherine, elle réussira à surmonter ses difficultés. L'étude de ces deux
œuvres nous a donc permis de faire un formidable voyage dans le temps et de mieux appréhender la réalité d'aujourd'hui. Les deux classes de première qui ont travaillé sur ce projet ont ainsi abordé une notion de programme complexe mais accessible: "le personnage romanesque et la vision du monde de l'écrivain". Une réussite au regard des élèves et une formidable rencontre littéraire avec Lucienne, une femme charmante, accessible et très proche des élèves. Encore merci à l'auteur pour cette journée inoubliable.
Des échanges fructueux par mail avec les élèves (je remercie Flore, Anaïs, Lucie et Germain) ont permis de mieux cerner mon travail et mes motivations.
Un groupe mené par Alexis a écrit une nouvelle « « noire » qui m’a bluffée par sa construction rigoureuse (suspens garanti !)
Mardi 2 septembre, Aire sur la Lys, petite ville du Nord, s'endort
paisiblement dans le souffle d’une rentrée éprouvante. Au n°16 d'un apart de la
rue des Clémences, un homme se tare dans son angoisse, dans sa douleur
intérieure. N'arrivant pas à dormir, il décide de faire le tour du voisinage,
emprunte cette ruelle lorsqu'au coin du pont, il aperçoit à la lueur d'un
réverbère défaillant, le corps d'une jeune fille baignant dans son propre sang
qui ruisselle entre les pavés de cette rue sombre, sordide. Le mur était tacheté
de sang. Elle n'était plus humaine, ce n'était plus qu'un tas de chair morte,
labourée de plaies béantes. L'homme observe le corps sans aucune émotion
apparentes, il reste blême, impartial. Il se déconnecte en observant le corps de
cette fille qui lui remémore un terrible souvenir.
Au bout de deux minutes, il revient à lui et téléphone aux flics, qui se
ramènent une dizaine de minutes plus tard. Lui-même, ex-flic éprouvait une haine
envers cette profession qui lui avait pris sa femme et sa fille, mortes
assassinées par un déséquilibré qu'il avait libéré.
Les képis arrivés, l'homme dont le prénom était Matthieu dut faire sa
déposition au commissariat de Saint Orner où il retrouva d'anciens collègues de
ce métier honteux. L'un d'eux, Eric, son meilleur ami, membre de la PJ de Lille,
est chargé de l'affaire :
- Eric ! s'exclame Matthieu
- Tiens ! Ça va depuis le temps ? Ça fait combien ? 3 ans, non ?
- Ouais, 3 ans et 2 mois, c'était le lendemain du meurtre. Essayant de changer
de sujet Eric amorce sur la fille assassinée.
- La fille a dégusté 43 coups de couteaux.
- Je plains les parents.
- Ils vont identifier cette aprem, sinon tu fais quoi comme boulot, aujourd'hui
?
- Je bosse dans une boîte de gardiennage.
- Bon, j'dois aller bosser, tu me connais ? dit Eric sur un ton ironique.
- A la prochaine.
- Ouais, à plus!
Matthieu repartit chez lui dans une voiture de la police. Sur le trajet il
revoit le corps de cette fille et ne peut s'empêcher de faire un rapprochement
avec le meurtre de sa famille. Deux jours plus tard, Eric téléphone à Matthieu
pour lui apprendre que le taré qui a massacré sa famille avait été remis en
liberté à cause d'un toubib qui l'avait jugé apte à revivre en société.
Dans la tête de flic de Matthieu, il n'y a plus aucun doute cet enfoiré avait
recommencé et si c'était lui qui avait retrouvé le corps ce n'était pas par
hasard. Matthieu retourna voir son ex-collègue pour lui demander plus
d'explications, Eric lui dit qu'il ne pouvait plus divulguer d'infos sur
l'enquête car Matthieu était retourné à la vie civile, mais il parvient à
obtenir le nom du suspect principal, Marc Langlais, c'était donc lui l'ordure
qui avait gâché la vie de Matthieu.
Pendant toute une semaine, il ne cessa de ressasser le nom de cette chose,
qu'il ne peut considérer comme un homme, ce monstre qui lui avait tout pris.
Des envies de meurtre trottent dans sa tête, un assassin ne pouvait avoir été
libéré aussi peu de temps après un double homicide. Il ne pense plus qu'à une
chose, prendre son neuf millimètres qu'il n'avait pas rendu après sa démission
et de faire péter la cervelle de cette ordure, il passe son temps à le manipuler
et à rêver qu'au bout de son canon se trouve pointé avec Langlais. Connaissant
bien les méthodes des transferts de prisonniers entre la prison et le palais de
justice, il connaît aussi la date de ce transfert, il ne lui reste plus qu'à
attendre de sa vieille 405 devant le tribunal et « PAN ». Mercredi 21 janvier,
jour du procès, Matthieu est dans sa Peugeot et languit de voir apparaître au
coin de la rue le panier à salade qui conduit Langlais à sa comparution.
Quand à 10h45 il voit débouler le fourgon de la police, Matthieu sort de son
auto, enlève le cran de sûreté de son arme, voit Langlais descendre de la
camionnette, menottes aux poignets. Il pointe son arme dans la direction du
crâne, il n'a plus qu'à appuyer sur la gâchette, mais il hésite, il lui reste
peut-être un soupçon de confiance dans la justice de son pays. Soudain la vision
de sa femme et sa fille lui saute aux yeux et il ne peut résister à la tentative
de tirer sur un homme sans défense. Le coup est parti, il met l'arme dans sa
bouche et se fait sauter le cerveau. Pour lui, il n'y aura pas de jugement, il
s'est vendu lui-même, d'ailleurs plus rien de lui reste, même plus sa
conscience, il avait abattu un homme sans défense.
L'écho de la Lys
Un gendarme est assassiné par un ancien de la maison. Hier, le lieutenant
X a été abattu par un ancien policier lors d'un transfert de prisonnier.
L'accusé été reçu pour le meurtre d'une jeune fille et vraisemblablement pour le
meurtre de la femme et de la fille du tireur, qui aurait dû tuer le prévenu mais
se serait trompé, puis a retourné l'arme contre lui. L'affaire est confiée à la
police des polices.
Les secondes n’ont pas été en reste. Evodie a imaginé le travail de l’écrivain, ses textes m’ont réjouie.
Objets fétiches
On imagine bien un écrivain devant :
- son bureau
- son papier, son bloc notes
- sa plume
- sa machine à écrire
Il porte des lunettes (hi hi ! Bien sûr c’est caricatural). L’écrivain a
toujours des objets qu’il apprécie plus particulièrement que d’autres. Ces
objets sont tout pour lui, car il passe son temps avec eux, donc il écrit
souvent.
Inspiration
L’inspiration est censée animer les poètes, elle leur permet de créer des
idées, c’est un mouvement de pensées. L’inspiration a été créée par les muses,
par la divinité, c’est en fait l’idée créatrice conçue par le talent des
artistes. La Muse est surtout la représentation concrète d’une idée abstraite (personnification de l’inspiration). Elle représente la naissance de l’écriture,
son jaillissement, la force de création. La Muse, le souffle de l’inspiration
divine n’est qu’une représentation imaginaire. En fait aucun écrivain n’a jamais
vu une jeune femme arriver devant lui et lui insuffler les mots, c’est pour cela
que l’écrivain attend les moments de grande inspiration et accepte les phases
d’écriture froide. Il se bat au corps à corps avec les mots plus qu’avec la
muse. C’est un mythe, une légende antique qui associe la création poétique au
monde du divin. Aujourd’hui, on en est revenu mais le mythe demeure.
L’inspiration dite plus professionnelle représente la volonté de l’artiste à
écrire pour se stimuler. Ce qui caractérise cette période est que les artistes
n’ont pas honte d’attendre que l’inspiration vienne à eux, car ils se sentent
privilégiés lorsqu’ils sont habités par cet enthousiasme.
Mise en scène
L’écrivain met en scène une histoire, il fait naître des images en combinant de
simples mots. Le lecteur visualise des épisodes clés de l’intrigue. L’auteur
soit une trame narrative. Il est en quelque sorte le chef d’orchestre des mots.
Il combine tous ces moments, les recompose, revient sur la structure jusqu’à ce
que jaillisse le sens de l’œuvre.
Un travail laborieux, les réécritures
Le travail d’un écrivain est très laborieux, difficile et ingrat. Dans le texte
de Jean-Marie Laclavetine, il emploie une métaphore « le monstre boiteux » qui
montre qu'écrire c’est quelque chose de tortueux. L’oeuvre subit de nombreuses
métamorphoses, jusqu’à sa forme finale. L’écriture reste chaotique, l’écrivain
remet souvent en question son écriture : c’est l’être torturé, tourmenté,
inquiet. Parfois l’auteur pressent que la première ligne est bonne ; mais ce
n’est pas systématique. Il s’acharne sur certains passages alors que d’autres
sont limpides. C’est toute la magie de l’écriture.
Genres littéraires
Un écrivain peut écrire soit :
Un Roman : un roman est un récit en langue romane. C’est un long récit en prose,
la plupart du temps imaginé, où l’auteur cherche à éveiller l’intérêt par la
peinture des mœurs, l’analyse des caractères et la singularité des aventures.
Nous avons Pascal Quignard qui a écrit Tous les matins du monde.
La Poésie : la poésie appartient au registre lyrique. C’est un art
littéraire qui joue sur les sons, les rythmes et les images. L’un des poètes les
plus connus, Victor Hugo a écrit de nombreux poèmes dont Mélancholia.
La Biographie : la biographie est un récit qui raconte la vie d’un personnage.
Ce terme désigne un genre littéraire qui a pour objectif de mettre en lumière la
vérité - l’intimité, les contradictions et les ambiguïtés d’une personnalité
réelle. Le biographe se documente, recherche des lettres, des articles de
presse, des documents d’archives, des témoignages, des récits de procès…pour
relater le plus objectivement possible la vie du personnage historique,
littéraire…
Les Lettres : la lettre est un genre épistolaire. L’écriture épistolaire peut
être soit réelle soit fictive. Les épistoliers entretiennent-ils une
correspondance avec un destinataire éloigné ? On peut penser aux Lettres des
Poilus séparés de leur famille et de leur bien-aimée, pendant la première Guerre
mondiale, ou encore à la correspondance de Mme de Sévigné avec sa fille, après
son mariage. Ces lettres comblent un vide, une absence… En outre, le genre
épistolaire peut relever de la pure fiction. Des personnages fictifs
échangeaient des lettre. On peut citer le sulfureux roman de Laclos, Les
liaisons dangereuses.